L’étrange étoile BD+48 740 a-t-elle dévoré une de ses planètes ?
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C'est juste un numéro
dans un catalogue. Située dans la constellation de Persée, l'étoile
BD+48 740 n'a pas de véritable nom mais cela ne l'empêche pas
d'intriguer les astronomes. Il s'agit d'une géante rouge,
c'est-à-dire d'une étoile plus ou moins semblable, à l'origine, à notre
Soleil mais qui en est à une phase plus avancée de son existence. Elle a
fusionné en hélium tout l'hydrogène qui se trouvait en son cœur. Or,
quand son carburant s'est épuisé, une étoile tente d'en trouver d'autre.
Ici, le cœur de l'étoile s'est contracté sous sa propre masse, ce qui a
échauffé la couche, encore riche en hydrogène, qui l'entourait.
Celle-ci a été portée à une température suffisante pour que les
réactions de fusion thermonucléaire s'y déclenchent. Résultat du
processus : les couches externes de l'étoile ont pris de l'ampleur,
comme un soufflé qui gonfle, et BD+48 740 est devenue une géante rouge,
avec un rayon 11 fois plus grand que celui du Soleil, alors que sa masse
n'est que de 1,5 fois celle de notre étoile.
Jusque là, il n'y a rien
que de très normal pour une étoile vieillissante de ce genre. Mais une
équipe hispano-polonaise d'astronomes, en l'observant pendant sept ans
dans le cadre d'un programme de surveillance d'étoiles à un stade plus
évolué que le Soleil, s'est aperçue de deux bizarreries. Elle les a
annoncées en juillet dans un article publié par les Astrophysical Journal Letters. La
première concerne l'abondance en lithium de BD+48 740, nettement
au-dessus de ce que l'on retrouve normalement chez une géante rouge. Au
cours de leur vie, les étoiles ont en effet tendance à présenter de
moins en moins de lithium, élément qu'elles transmutent assez aisément
en leur sein. Certes, les théoriciens ont imaginé des mécanismes
expliquant une teneur élevée en lithium dans les étoiles en fin de
course mais les cas sont assez rares.
La seconde bizarrerie ne
concerne pas directement BD+48 740 mais la planète qui l'accompagne. Il
s'agit d'une géante gazeuse, au moins 1,6 fois plus massive que Jupiter
et qui fait le tour de son étoile en 771 jours. Sa particularité est
d'avoir une orbite particulièrement elliptique (bien plus que Mercure
dont l'excentricité est la plus élevée des planètes du Système solaire) :
lorsqu'elle est la plus éloignée de son étoile, elle en est cinq fois
plus distante qu'à son point le plus proche. Comme l'explique un des
auteurs de l'étude, Andrzej Niedzielski (université Nicolas Copernic de
Torun, Pologne), "de telles orbites sont peu communes dans les
systèmes planétaires entourant des étoiles évoluées et, en fait,
l'orbite de cette planète est la plus elliptique qu'on ait jamais
détectée" autour d'une géante rouge.
Une singularité, soit. Deux,
cela fait beaucoup se sont dit les astrophysiciens qui, à l'instar du
Dr House, n'aiment pas trop les coïncidences dans un tableau clinique.
S'il s'agissait plutôt de deux symptômes d'un seul et même phénomène ?
Ces chercheurs ont donc réfléchi à l'hypothèse suivante : à l'origine,
le système contenait plus d'une planète. Et si, à l'instar des étoiles HAT-P-13 et HD-217107,
BD+48 740 avait eu deux compagnons massifs, l'un très proche de lui et
l'autre plus éloigné ? Le scénario présenté dans l'étude explique que,
lorsqu'elle s'est métamorphosée en géante rouge, cela a eu pour effet de
bousculer l'orbite de la planète proche
qui s'est mise à spiraler vers l'étoile, jusqu'à pénétrer dans son
enveloppe où elle a été consumée. C'est lors de cette "digestion" que le
lithium de la planète aurait été transféré à BD+48 740. Suite à cet
engloutissement, l'équilibre du système planétaire en aurait été
perturbé : le plongeon de la planète la plus proche vers son destin
fatal aurait donné comme un coup de fouet à l'orbite de la planète la
plus éloignée. D'où sa trajectoire elliptique très particulière.
L'hypothèse est jolie mais
il reste encore à trouver les preuves qui la confirmeront. Ce qui est
plus sûr, en revanche, c'est le fait que, dans une poignée de milliards
d'années, le Soleil aussi se transformera en géante rouge. Il se passera
d'abord ce à quoi l'on assiste chez BD+48 740, puis le cœur de notre
étoile sera suffisamment chaud (100 millions de degrés) pour que, à son
tour, l'hélium fusionne en carbone. Au maximum de son expansion, la
géante rouge aura 250 fois son rayon actuel. Elle englobera les orbites
actuelles de Mercure, de Vénus et de la Terre. Reste à savoir si notre
planète sera toujours à sa place. On a longtemps cru qu'en raison de la
perte de masse du Soleil, l'orbite terrestre se distendrait et que notre
planète se serait assez éloignée pour ne pas finir dans l'enfer
stellaire. Une étude publiée en 2008
est nettement moins optimiste, qui dit que la Terre n'aura pas le temps
de se sauver : un complexe jeu de marées et de frictions avec les
particules de l'atmosphère solaire la freinera dans sa fuite et
l'obligera à un demi-tour, direction l'anéantissement. De toute manière,
la température solaire montera tellement d'ici un milliard d'années que
les océans s'évaporeront bien avant que le Soleil se mue en géante
rouge.
Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)